Rue de la Loi : un péage aux portes de Bruxelles ? L’idée refait surface

370 000 voitures circulent chaque jour en Région bruxelloise (chiffres de 2015). Pour améliorer la mobilité et faire baisser cette pression automobile sans-cesse croissante, il faut bien sûr développer les transports en commun (dans l’accord de gouvernement figureront donc l’extension du métro et la concrétisation de nouvelles lignes de tram). Mais il faut aussi avoir le courage de s’attaquer à la bonne vieille habitude du déplacement en voiture individuelle : c’est un enjeu majeur en termes de mobilité, de santé publique, mais aussi d’aménagement du territoire (70% de l’espace public est aujourd’hui occupé par des voies de circulation ou des parkings).

Pour les Bruxellois, la Région peut donc faire la promotion de ses transports en commun (la STIB a assuré 417 millions de voyages en 2018, une augmentation de 4% sur un an), encourager la mobilité douce (le nombre de cyclistes a doublé en 5 ans, mais reste marginal, même si près d’un millier de cyclistes par heure pédalent désormais Rue de la Loi à l’heure de pointe), s’adapter aux nouveaux modes de déplacement (voitures et trottinettes partagées, scooter, etc). Il n’en reste pas moins que 175 000 Bruxellois prennent chaque jour leur voiture pour effectuer le trajet domicile-travail avec une distance moyenne de 6 km.

Pour les navetteurs en revanche, la Région bruxelloise a peu de moyens d’actions. Sauf à imaginer que le RER sorte miraculeusement des cartons où il s’est enlisé ou que le prochain gouvernement fédéral décide de booster le budget de la SNCB, la voiture reste un moyen de transport largement prisé : 190 000 voitures wallonnes et flamandes entrent chaque jour dans Bruxelles (toujours un chiffre de 2015, sans doute inférieur à la réalité de 2019). Peut-on faire diminuer ce chiffre ? Oui, grâce à la fiscalité, répondent les négociateurs bruxellois.

Deux pistes principales sont sur la table. La première consiste à promouvoir une taxation intelligente, au kilomètre parcouru, avec une modulation possible en fonction des heures de pointe et/ou du degré de pollution du véhicule. Cette taxe remplacerait la taxe de circulation. Problème : il faudrait l’implanter dans les trois régions du pays, alors que la Flandre s’y refuse jusqu’à présent, et prévoir les modalités de perception et de redistribution au travers d’un accord de coopération.

Faute de coopération interrégionale réellement envisageable, plusieurs négociateurs envisagent désormais une autre piste qui consisterait à instaurer un péage urbain. Soit aux portes de Bruxelles (avec le danger que les entreprises choisissent de s’installer quelques centaines de mètres plus loin), soit en se concentrant sur les zones où la pression est la plus forte (le pentagone, la Rue de la Loi, le quartier européen, par exemple). Pendant la campagne électorale, l’idée avait été portée par Défi, et PS et Ecolo n’y sont pas hostiles, mais  l’Open VLD, par la voix de Sven Gatz, a fait savoir ce mardi son peu de goût pour le projet de péage urbain. D’autres négociateurs imaginent désormais un dispositif en deux temps : d’abord une négociation avec la Flandre, la Wallonie et le fédéral pour obtenir une taxation kilométrique, le renforcement des liaisons ferroviaires et l’installation de parkings de dissuasion. Ensuite le péage, si les Bruxellois n’obtiennent pas de coopération suffisante de la part de leurs voisins.

Photo : Belga/Nicolas Maeterlinck

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02 juillet 2019 - 14h10
Modifié le 02 juillet 2019 - 19h35